Santé : Les coups et blessures subis par la défunte, premier cas d’Ebola offusquent la croyance à la nouvelle vague d’Ebola dans le chef des habitants de MASOYA

Nous sommes mercredi 10 février de l’an 2021, troisième jour succédant la communication du ministère provincial du Nord Kivu déclarant la province atteinte une deuxième fois endéans deux ans de la maladie à virus Ebola. Il fait encore sombre en ville de Butembo et la pendule indique 5 heures trente minutes au nuage clair mêlée à la fraicheur habituelle dans la ville de Butembo. Direction Masoya à environ 40 kilomètres au Nord−Ouest de la ville de Butembo en groupement de Mwenye en chefferie de Baswagha dans le territoire de Lubero. Une heure et trente minutes à moto, nous voici sur la colline de Mwenye où  nous percevons en une centaine des mètres une localité s’étendant sur un demi-kilomètre environ, Masoya, notre lieu de destination.

Ici des maisons en terre battue serpentent la rue qui transverse cette bourgade et ouvrant à d’autres agglomérations comme Mawusa, Mangoredjipa et bien d’autres. En cinquante mètres sur l’autre bord de cette route, voilà une tente montée entre une cuisine en paille et une habitation en terre battue. Seules quatre personnes y sont assises alors qu’elles ne sont qu’au cinquième jour de deuil de l’une de leurs, une dame de 42 ans réputée cultivatrice dans la zone.

Nous n’avons aucune peine d’y être reçus comme nous venons accompagner de l’oncle maternel qui a préféré guider nos pas sur ce chemin. Deux dames nous accueillent sous l’ombre d’une bâche montée en tente au milieu de la cour. Alerte et panique s’en suivent dans l’entourage de ce ménage soupçonnant une équipe de riposte à Ebola, avons nous remarqué. Dans la cour, les chaises sont abandonnées éparpillées en même le sol au motif qu’elles ont été décontaminées la veille de notre arrivée, précise la tante paternelle qui tient compagnie aux deux orphelines présentes avec nous.

Récit autour des blessures graves en deux reprises de la défunte    

C’est le moment crucial de notre travail, nous voilà emmené une dame au visage renfrogné,au teint café bronzé, un mètre soixante environ nommée Kavugho Kayiremunda Merkedi, 22 ans d’âge. Nous introduisons le speech avec notre hôte, qui visiblement récupère son air normale après notre présentation. A elle de nous couper la parole: « Je pensais que vous étiez de la riposte à Ebola, uuuuh uuuh merci quand même d’avoir cherché la vérité contrairement à vos frères journalistes qui accusent faussement ma mère », marmonne au ton rassurant Merkedi qui a son bébé de deux ans en pleurs entre ses bras.

Tout commence le soir du lundi   1er février de la même année en cours quand la dame MK (ndlr Initiales des noms de la défunte que nous taisons au respect de la déontologie médicale), 42ans d’âge rentre du champ. A son retour tardif, elle et ses deux filles dont notre interlocutrice procèdent vers 17 heures à l’épluchage d’haricots (ndlr Une des sortes de sauce locale à prendre avec de la pâte de manioc), la pauvre abattue par ses travaux de champ se bute comme toujours aux caprices de son époux, Muhindo Mbumbu, une cinquantaine. Ce survivant d’Ebola oblige son épouse à lui payer de l’alcool en deux parcelles de leur domicile. « Pour éviter le pire, j’ai conseillé maman d’aller lui prendre l’alcool de plus en crédit, Papa va ainsi suivre ma mère lui obligeant de ne pas revenir sans son aval. C’est au retour, pendant que maman voulait sauver mon enfant qui était sur le point de tomber de sa chaise (ndlr l’enfant de deux ans que Merkedi a entre ses bras lors de l’entretien) que mon père s’est interposé ravissant de force le petit garçon. Voulant l’étrangler au motif qu’il nous empêchait de vite finir la cuisson du souper, papa décide d’engager une bagarre terrible contre nous toutes » ; se souvient Kavugho merkedi.  A elle de renchérir que l’homme ivre va alors se servir d’un stick de bois (ndlr qu’elle a même bien conservé) pour infliger une série des coups de fouets à sa propre épouse jusqu’à s’en évanouir ; regrette la fille qui a aussi écopé des quelques boxes de son père biologique.

« Alors maman va tenter s’échapper pour se cacher dans la grande maison quittant la cuisine, très déterminé à en finir avec elle papa va la rattraper et lui joindre un coup de pied au niveau des reins, puis maman va tomber et s’évanouir. Et comme ma mère avait des terribles malformations dues au rein lui retiré en 2015, une fois de plus à cause de mon père qui l’avait battu à mort, en cette époque ; elle a perdu de force. Je n’oublierai jamais cette année là parce que ma mère alitée à Butembo avait perdu ce jour là son rein et le fœtus qu’elle portait », garde en mémoire le pauvre témoin de ces abus. Le lendemain de cette nouvelle bagarre la dame a été reçue aux soins au sein du poste de santé de NGUBI en quelques 4kilomètres de Masoya. Libérée le mercredi 3 février, la pauvre victime de l’alcool de son époux va rechuter et son admission au sein du centre de santé de référence de Masoya intervient ce même soir de mercredi. « C’est ainsi que la nuit allant au jeudi 4 février ma mère va gémir avant de se mordre la langue et au réveil transférée en ville de Butembo où elle est admise à l’hôpital général de Matanda en plein cœur de la ville », se rappelle fraichement Kavugho Kayiremunda Merkedi.

De l’existence de la maladie à virus Ebola

La famille frappée par cette situation inhabituelle croit à l’existence de la maladie à virus Ebola. Elle dispose d’un témoignage nourri grâce à la survie du responsable de ce ménage, déchargé vainqueur d’Ebola il y a une année et quelques mois au centre de traitement d’Ebola de l’ITAV à Butembo (ndlr ITAV est un abrégé de l’institut technique agricole et vétérinaire une école implantée dans la concession où était érigé le CTE). Muhindo Mbumbu n’a pas arrêté son suivi habituel aux cliniques universitaires de l’UCG (Université Catholique du Graben). D’ailleurs le lendemain de la bagarre avec son épouse, le nommé Muhindo s’est présenté à Butembo pour répondre à ses rendez-vous habituels.

Ayant été contact de leur père biologique en 2019, ces proches et leurs voisins remercient les équipes de lutte contre Ebola pour leur engagement qui avait facilité la maitrise de la maladie sans causer de décès dans la famille. Les autres habitants de la même localité craignent le danger que présente cette maladie. Cet homme ayant voulu requérir l’anonymat se rappelle de la tribune d’expression populaire animée à l’occasion de la libération du survivant.  Une quarantaine et plus, ce citoyen se souvient encore des  mesures d’hygiène pour barrer passage au virus mortel Ebola. Un groupe d’hommes réunis au près de l’entrée du centre de santé de référence de Masoya à quelques mètres du marché central local plaident pour une implication urgente en vue de limiter le dégât. Toutefois, ils obligent une clarification autour du taux de virémie dans les spermes d’un survivant une année et quelques mois après sa déclaration guérie. « Des raisons doivent tout de même être avancées par l’équipe de suivi du survivant pour éclairer les zones d’ombre autour de cette nouvelle contamination », estime un cadre des forces vives locales.    

Les conséquences éduquent mieux que les conseils

Les chiffres sont encore frais dans les mémoires des habitants de Butembo et Beni en rapport avec la dernière vague de la maladie à virus Ebola. La nouvelle société civile de la ville de Beni au coté de la grande coordination société civile du Nord Kivu ne souhaitent revivre le passé. « Déclarée depuis le 1er août 2018, Ebola a emporté avec elle 2 287 personnes au coté de 1171 survivants », se rappelle douloureusement Maitre Kitsa Zawadi Ephraïm de la nouvelle société civile de Beni. Ce juriste encourage l’isolement urgent des localités touchées par cette épidémie pour épargner les grandes agglomérations du danger. Edgar Katembo Mateso, vice président de la structure citoyenne au Nord Kivu exhorte les communautés à ne pas céder à la manipulation. Aux équipes de lutte contre Ebola, Edgar Mateso ne souhaite pas la crise de communication et la légèreté dans la réalisation des actions autour des cas déclarés positifs. Sur le même ton, le gouverneur Nzanzu Kasivita Carly prévient les politiciens animés de mauvaise foi de ne pas cette fois ci rendre la tâche difficile aux équipes sur terrain.   

Une maladie qui existe mais niée par frustration

Nul ne doit oublier les conséquences qu’ont endurées les populations du Nord Kivu et de l’Ituri suite à la meurtrière maladie à virus Ebola. Le psychologue clinicien Erasme Kakirania, prestant au centre de protection des indigents et malades mentaux (CEPIMA) voit tramer une frustration dans le chef des habitants de Masoya qui font tout pour ignorer Ebola. « Un sentiment dicté par le taux de décès, conséquence de cette maladie. Il est question d’avoir peur de vouloir revivre la souffrance qu’impose cette maladie de contact. Ce n’est pas un problème de stigmatisation ou discrimination qui pousse un malade à contester son état, plutôt une frustration que seul le patient doit affronter pour faciliter son traitement », conseille le psychologue Erasme Kakirania.

Le malade doit encaisser que c’est bien lui qui souffre et non son entourage. Ne pas prendre conscience du danger que présente une épidémie qui a causé des plaies encore fraiches dans la communauté est la pire d’erreurs que la population de Masoya et environs doit éviter, a chuté le psychologue clinicien Erasme Kakirania.

Des erreurs rééditées de la part des équipes de réponse à Ebola.   

En seulement une semaine, une panoplie d’erreurs sont reprochées aux équipes larguées urgemment sur terrain pour stopper la propagation de la maladie à virus Ebola. Mumbere Kavukutu Dieudonné, un habitant de Mwenye, une localité en cheval avec Masoya ne digère pas la divagation des contacts à haut risque ayant vécu avec ce cas. Rencontré au marché de Masoya, il regrette que le suivi des contacts à haut risque vivant à Masoya ait été confié à un proche à la famille qui n’y passe même pas. Une vendeuse des cossettes de manioc touvée au marché de Masoya en pleine activité et venue de Butembo n’admet pas que nulle part sur ce tronçon de plus de trente kilomètres aucun point de contrôle n’est installé. De retour de Mawusa en quelques kilomètres sur la route Mangoredjipa, cette habitante de la commune Bulengera à Butembo craint que les grandes agglomérations soient aussi tôt contaminées.

Bien plus, la société civile de Masoya à travers un de ses cadres, accuse une légèreté dans le suivi des survivants d’Ebola. Couvert d’anonymat, notre source juge inefficace le mécanisme mis en place pour suivre plus de mille rescapés de la dixième épidémie d’Ebola.

Plus grave encore les proches de la défunte, premier cas enterré au cimetière de Ndando sur la route Musienene déplorent la confusion et le grand retard dans la remise du résultat. Kahambu Fataki Ivette, tante paternelle et l’une des gardes malades de la défunte d’admet pas que pour un cas positif le corps leur soit remis sans sécurisation pour l’enterrement. Mais aussi, elle fustige le fait que le personnel de Matanda aient prélevé la malade et remis un résultat négatif d’Ebola ; s’il faut croire ses propos.

Ebola, une bonne couverture pour le guéri recherché  pour coup et blessures volontaires

Dans le même village de Masoya les services de sécurité se sont lancés dans la recherche du fugitif Muhindo Mbumbu poursuit de meurtre et coups et blessures volontaires ayant occasionné la mort de son épouse MK, 42 ans. Le service de renseignent en connivence avec la police avaient déjà immobilisé quelques voisins pour non assistance à personne en danger à plus des amis de vin du nommé Muhindo Mbumbu. Un agent commis au renseignement dans la contrée regrette que tous les arrêtés ont déjà été relâchés sur ordre des responsables sanitaires au détriment de la justice.

Une source digne de foi au cabinet du ministre provincial de la santé nous a révélé que le survivant Muhindo Mbumbu vit en isolement dans un endroit qui n’a pas été communiqué à notre média. « Les 21 jours épuisés, l’homme sera libéré parce que les échantillons de son épouse ont certifié une mort de suite d’Ebola », garantie la même source. Toute fois, elle  avoue être saisi des coups infligés à la défunte et dont le responsable est le protégé des équipes sanitaires.

Une déclaration que confirme l’un de deux médecins traitant au centre de santé de référence de Masoya. Docteur Kahumba Boris qui a suivi la patiente invalide une mort de suite des blessures. « La malade accusait à son admission chez nous la céphalée, les douleurs ostéo− articulaire mais aussi les douleurs abdominales. L’ajout des vomissements et l’émission des selles liquides nous ont motivé à conclure à un paludisme couplé au paritose intestinal. Avec la notion d’être épouse d’un survivant d’Ebola, nous avons prélevé l’échantillon qui est arrivé avec retard à cause du moyen de transport », recadre ce personnel des soins. Docteur Kahumba renchérit qu’ils ont invalidé l’aspect bagarre des que les effets manifestés étaient loin de concorder avec le traumatisme crânien encéphalique.

  Assurance de la part du ministère provincial de la santé   

Le ministre provincial de la santé est en séjour dans la région depuis la découverte de ce cas pour se rassurer de l’effectivité des actions autour de ce cas. Docteur Nzanzu Syalita Eugène a même annoncé dans sa sortie médiatique du mercredi 10 février que 161 contacts sont suivis et évoluent bien jusque là. Regrettant la vie en clandestinité de deux contacts à haut risque, ce cadre de la santé en province du Nord Kivu invite la population à collaborer avec les équipes engagées dans l’éradication d’Ebola. S’il faut croire aux propos du ministre en charge de la santé, il est reste imprudent de se permettre de parler de l’origine de cette nouvelle contamination. « Nous attendons encore les travaux de laboratoire qui après séquençage des échantillons ayant conclu au résultat positif à virus Ebola, pour élucider l’origine de cette résurgence d’Ebola », confie Docteur Nzanzu Syalita Eugène.

La lutte contre Ebola doit être collective au début pour éviter les réticences inutiles qui tireraient en longueur une maladie pourtant que nous pouvons contenir facilement. A l’occasion, le ministre condamne l’enterrement non sécurisé du corps ravi de la deuxième victime, une soixantaine révolue, décédée le mercredi 10 février dans la même localité de Masoya. «  Cette patiente aurait partagé le même lit au poste de santé de Ngubi près de Masoya, où le premier cas avait transité pendant deux jours en début de sa maladie », nous a précisé le docteur Kahumba Boris du centre de santé de référence de Masoya.  

Bienvenu KAMBALE Lutsumbi et Régis Alimas

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