La gestion controversée des sources d’eau potable aménagées par les humanitaires en ville de Butembo

L’ambiance matinale à la source Kimoteur dans le quartier Kalemire. ©Hervé Mukulu

L’hygiène s’est imposée comme principal moyen de lutte contre la covid_19.  Une réalité que les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, au  Nord-Est de la RD Congo, ont  particulièrement expérimenté deux ans durant sous épidémie d’Ebola. Du 1e Aout 2018 au 25 Juin 2020. Pour se prévenir il faut faire usage de l’eau propre. Une denrée qui n’est pas à la portée de tous les congolais.  C’est ainsi que certains habitants de la ville de Butembo, dans la province du Nord-Kivu, se plaignent du fait que des structures dites « Humanitaires »  investies dans les projets d’adduction d’eau potable exigent de l’argent à leurs bénéficiaires pour pouvoir accéder à l’eau potable même en ce temps d’urgence sanitaire. Pourtant les bailleurs des fonds donnent tout l’argent possible pour que les populations bénéficiaires jouissent de l’eau potable gratuitement réclament certains habitants de la commune Bulengera, en ville de Butembo, province du Nord-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo. Muhindo, un habitant du quartier Kalemire  témoigne de payer régulièrement entre 1500 et 2000 francs Congolais (environ 1 dollars américain)  pour accéder aux bornes fontaines dénonce-t-il au micro de la Radio Upendo Kivu. Tels sont les faits qui ont suscité notre intérêt à creuser cette question vitale du sempiternel problème d’accès à l’eau potable en ville de Butembo.  Pour ne pas tomber dans l’erreur d’un seul point de vue comme nous le fait remarquer l’écrivaine Chimanda Adichie dans son expo TED « Le danger d’une histoire unique », nous avons réalisés une enquête avec l’appui financier de  « Pulitzer Centre » et la société « National Geographic »  pour  Info Nile/ Water Journalism Africa.

Au Nord-Kivu, une province de l’Est de la République Démocratique du Congo, seulement 0.9% de la population utilise une eau courante à la maison avec paiement au compteur ou par forfait, 28.1% utilise une fontaine communautaire dont certaines sont à accès gratuit et pour d’autres le comité de gestion décide des frais à payer mensuellement par ménage – généralement entre 500 et 2000 Fc le mois.  1.8%  de la population congolaise utilise les forages d’eau qui sont aussi soit payants soit gratuits.

A l’image du pays, très peu des bubolais, Habitants de la ville de Butembo,  ont accès à l’eau  de la Regideso, l’entreprise nationale qui jusqu’à récemment avait le monopole de la  fourniture de  l’eau. Et dont la facture varie d’un ménage à un autre, par facture du compteur ou par forfait. « Au début de l’année, je payais régulièrement moins de 5000 Fc le mois mais depuis juin, on m’a dit que mon compteur est tombé en panne et on me  fait payer forfaitairement 7000 Fc.  Alors qu’on utilise entre 100 et 200 litres par jours. J’ai l’impression que la Regideso a majoré forfaitairement ses factures après les deux de gratuité prônés par le gouvernement. », explique Maman Jacquie, une habitante du quartier Lumumba. En effet, deux mois durant – mai et Juin 2020, le gouvernement a ordonné à la regideso de servir l’eau gratuitement à la population. Une manière de lutter contre le covid_19. Une facture payable par le gouvernement à la Regideso.  La majoration des factures après cette gratuité est perçue comme un moyen de faire payer à la population l’eau consommée pendant ces deux mois. La qualité de cette eau reste aussi très douteuse. Régulièrement l’eau de la regideso est colorée tendance jaunâtre ; et parfois, il y a des résidus comme des poils, des déchets,…

Des enfants puisant de l’eau dans une terrasse sur les montagnes de Ngese.©Hervé Mukulu

L’eau, C’est la vie, dit-on pourtant. On la cherche par tous les moyens si elle n’est pas disponible. Heureusement pour Butembo, une ville à cheval de l’équateur, il pleut toute l’année dans cette région à climat tempéré d’altitude. Néanmoins, il suffit d’une semaine sans pluie pour que l’accès à l’eau soit un casse-tête.

Le grand problème reste la qualité de l’eau. Les maladies hydriques sont une des principales causes de la mortalité infantile en RD Congo comme le souligne Ibrahim NGINAMAU MASUMU dans son mémoire révélant qu’environ 1,8 million des décès d’enfants sont dus à la diarrhée chaque année soit 4900 décès par jour ou encore un nombre de décès d’enfants de moins de cinq ans équivalent aux populations de New York et de Londres réunies.

En 2018 selon l’enquête MICS, 68.4% de la population du Nord-Kivu avait accès à une source d’eau améliorée  (l’eau courante, une borne fontaine, une source naturelle et un point de pompage d’eau -un puit foré à plus de 200 mètres), construit sous la supervision d’un ingénieur civil et dont la qualité de l’eau a été analysée par un laboratoire local. Par contre, 31.6% utilisait une source non protégée, une autre part (23.7%) utilisait de l’eau de surface. L’accès à l’eau de qualité dans la province du Nord-Kivu était un peu plus élevé que celui du pays en général (59%). Néanmoins, l’eau de la Regideso n’est pas potable dans la ville de Butembo. Pour l’eau potable, les ménages doivent puiser aux sources d’eau aménagés par les humanitaires. Et cette  investigation a constaté que ces adductions d’eau potable entraînent des frais dont l’usage est inexpliqué aux bénéficiaires.

L’eau de pluie, les puits et les sources naturelles

L’eau de pluie recueillie dans les récipients ©Hervé Mukulu

Pour les  travaux ménagers, on utilise régulièrement  l’eau de la pluie recueillie dans des récipients et tank sur les toitures des maisons.  Cette eau sert à la vaisselle, la lessive, l’hygiène de la maison, l’hygiène du corps et souvent pour cuire les repas. La même utilité est faite de l’eau des puits. Ces sont des ménages dans les vallées  ou sur les plaines qui ont la facilité des creuser des puits. Cinq à dix  mètres suffisent pour avoir de l’eau, mais  dont la qualité est non recommandée à la consommation par les médecins à cause des moisissures et du mauvais entretien des puits.

Une grande part d’eau utilisée dans les ménages en ville de Butembo provient des sources d’eau naturelle. Situées généralement dans les vallées, l’accessibilité pose un problème car tout le quartier se ressource au même endroit.

Beaucoup d’entre elles sont partiellement aménagées voire non aménagées  et deviennent la source des maladies hydriques. Des maladies comme la diarrhée, le choléra, les vers intestinaux, et particulièrement la fièvre typhoïde, sont régulières dans la région. Souvent quel que soit le mal dont on souffre, à l’hôpital, les premiers examens sont ceux de la malaria et de la fièvre typhoïde. Cette dernière étant dépendante de la qualité de l’eau.   

Pour pallier ce problème de fourniture d’eau potable, la population demande de l’aide aux humanitaires. Car les peu d’entreprises commerciales qui s’aventurent dans ce secteur, malgré sa libéralisation,  fournissent des bouteilles d’eau conditionnées dont 60 cl et 1 litre sont  vendus entre 0.25 et 1 dollars américain. Du pur luxe pour le citoyen lambda qui peine à trouver de quoi nourrir sa famille au quotidien.

Ainsi les humanitaires aménagent des sources d’eau potable. Ils implantent un comité de gestion de cette source qui fixe le prix à payer par ménage en 500 FC et 2000 FC le mois. Résolvant un problème, ils en créent un autre : la gestion des frais perçu. Une source d’eau sert généralement plus d’une centaine des ménages. Entre 100 et 700 ménages. Si chaque ménage paie 1 500 fc le mois, pour 100 ménages, cela fait 150 000 FC (Environ 75$). Pour comprendre la valeur de cette somme d’argent,  Butembo est une ville commerciale dont le salaire mensuel d’un boutiquier, responsable de famille,  atteint difficilement 40 dollars.

Cette argent perçu est censé subvenir aux petites pannes comme les fuites d’eau, le remplacement d’une vanne et qui ne sont pas régulières encore moins couteuses.  Pour le reste d’argent, seuls le comité de gestion et l’organisme humanitaire qui a construit la source en connaissent la destination. Ce qui représente une grande somme  car la quasi-majorité de la population de la ville de Butembo puisent de l’eau à des sources d’eau. La gestion de cet argent a toujours crée des problèmes. C’est pourquoi les comités des gestions des sources d’eau sont souvent changés après des disputes de gestion. Comme le témoigne ici Kakule Ngise Davin, Président  de la Cellule d’Animation Communautaire de  Vutalirya , actuel seul gestionnaire de la source d’eau de Limboro dans le quartier Kitulu.

Les comités de gestion de la source d’eau de Limboro sont changés  régulièrement pour megestion. Les frais perçus ne sont pas utilisés comme la population le voudrait. Aujourd’hui la source n’a plus de comité de gestion. Alors que cette eau a plusieurs entreprises abonnées et que chaque ménage paye 700 francs par mois, cette source est en état de délabrement très avancé. La communauté attend que l’ONG Consortium pour l’Agriculture Urbaine (CAUB) s’occupe encore de l’aménagement de cette source: “Le problème, c’est l’ONG CAUB qui se dit propriétaire de ladite source. Nous leur avons présenté le problème plusieurs fois. Et ils nous disent de leur donner du temps pour y travailler. Même la lettre de démission  avait été adressée à CAUB mais notre regret est que la population consomme actuelle une eau impropre, regrette Kakule Ngise Davin.”  Cette source alimente quatre cellules du quartier Kitulu et chaque cellules a plus d’une centaine des ménages, voire plus en temps de sécheresse.

Pourtant , « les normes exigent qu’une source d’eau d’un débit de 20 litres par minute puisse servir 500 personnes. Avec une moyenne de 5-6 personnes par ménage chez nous, ça fait une moyenne d’une centaine des ménages par source. Ça reste insuffisant vue les sources aménagées que nous avons en ville de Butembo. J’estime que seule 30% de la population a accès à une eau potable.  Mais les ONG font un grand travail et pallient à cette fracture, explique Maboko Nzanzu, ingénieur en génie civil »

Les enfants, l’eau et le confinement

Slides des images d’enfants à plusieurs sources d’eau.©Hervé Mukulu

L’accès à l’eau n’est pas une mince affaire. 54.1% de la population congolaise  prend plus de 30 minutes pour avoir accès à l’eau, 25.8% entre 30 et 60 minutes. 19.4% entre une heure et 3 heures, 0.8% plus de  3 heures. En ce temps d’épidémies de coronavirus, la nation congolaise s’est arrêtée. Des mesures dites « barrières à la propagation du coronavirus » ont été édictées par un Etat d’urgence sanitaire entre mars et juillet 2020,  impliquant la fermeture complète  des écoles, des églises, les rassemblements de plus de 20 personnes sont interdites, le port du masque est recommandé quelle que soit sa nature – médicale ou artisanale. Alors que les écoles ont été fermées pour que les enfants restent à la maison sous le contrôle des parents ; à Butembo, les parents ont trouvé une main d’œuvre supplémentaire gratuite pour plus de trois mois durant. A plus de  80% des sources d’eau fréquentées pour cette enquêtés, plus de 50% des personnes rencontrées à la source sont des enfants comme les témoigne ces images. Et aucune distanciation physique possible. Déjà sous épidémies d’Ebola en 2018, au mois de septembre, le docteur Bathé Nzoloko, alors coordonnateur des équipes de la lutte contre cette 10e épidémies d’Ebola, il soulignait que l’école devrait rester ouverte. Car l’école était le meilleur endroit pour protéger un enfant d’Ebola.  Cela justifiait par le fait que écoles étaient dotées des kits de lavage de mains et des thermo-flash pour la prise de température. Ce qui permettrait d’identifier un malade le plus tôt et de le soigner. La contamination par aérosol a été l’argument le plus solide pour fermer les écoles. Mais dans le contexte congolais, ce n’est pas toujours la meilleure option constate la société civile du Nord-Kivu. Dans un pays où l’on vit de ce que l’on gagne au quotidien, les enfants sont abandonnés en eux-mêmes à la maison, sans aucun contrôle, par des parents qui doivent aller chercher de quoi les nourrir malgré la crise sanitaire.

Durant l’épidémie d’Ebola, l’eau n’a pas eu une grande incidence financière pour les ménages.  Car laver les mains  plusieurs fois par jour est pris comme une punition pour beaucoup d’habitants, surtout ceux qui ne croient pas à l’existence de la maladie et ceux qui négligent tout simplement. C’est pourquoi, à la maison, très peu sont ceux qui se lavent régulièrement les mains. On est obligé de se laver les mains que quand on est en public, avant d’entrer dans un shop, dans une entreprise, un service public, un restaurant, un  marché public. Et là, ce sont les entreprises qui mettent de l’eau à l’entrée de leurs offices et les ONG fournissent de l’eau dans les endroits publics comme les ronds-points et les marchés.

Elles sont très rares les familles ou ménages qui ont mis un dispositif de lave-main à la portée des visiteurs avant d’accéder à la maison. Et pour les familles nanties, elles préfèrent utiliser les désinfectants que de l’eau. Le cas reste le même pour la pandémie à coronavirus.

L’eau des humanitaires

Carte : Etat des lieux des sources d’eau en commune de Bulengera (Ville de Butembo)©Ir Sorel WasukundiPhoto N°17 une borne fontaine de l’eau de Muleke

Les humanitaires interviennent dans ce secteur par trois manières : en aménageant les sources d’eau naturelle pour qu’elles fournissent une eau potable, en creusant des points de pompage d’eau et en installant un réseau d’adduction d’eau dans plus d’un quartier.

La population s’attend à ce que l’accès à l’eau soit gratuit puisque les bonnes volontés ont donné suffisamment d’argent pour réaliser ce projet. C’est l’un des piliers des principes humanitaires pour les services rendus à la communauté.  C’est le cas des 15 sources d’eau naturelles aménagées dans le quartier Malende par l’ONG Mercy corps , en plus des point de pompage d’eau, dans le cadre d’un projet de lutte comme l’épidémie de la maladie à virus Ebola renseigne Kambale Katirisa, président de la cellule d’animation communautaire de Ngengere, dans le quartier Ngengere.

Photo N°18 Un camion de forage d’un point de pompage d’eau à Ngengere. Ce camion creuse un puit de 200 mètres d’un débit de 20 litres par secondes, ne pouvant servir que 500 ménages en moyennes

Pourtant dans vision de la durabilité du projet, certains ONG en collaboration avec l’administration publique, les chefs de base et les associations sans but lucratif locales, mettent en place des comités de gestion des sources d’eau aménagées. Ce comité décide de la somme d’argent à payer par ménage pour accéder à l’eau.

Il y a environ deux ans, le quartier Kalemire n’avait que deux sources d’eau presque aménagées. L’accès à l’eau était souvent source des conflits renseigne le chef de quartier, Visiri Isaac : « Dans le quartier Kalemire, j’ai une population de 42 milles habitants. On n’avait que deux sources dont la source dite ‘Kimoteur’ dans la concession de Kikyo et la source de Vishika dans la cellule Mukondo. Régulièrement il y avait des bagarres au sein de la population pour le contrôle de cette eau. Car l’eau était insuffisante par rapport à la population. Et les habitants des autres quartiers venaient se ressourcer ici parce que c’est de l’eau potable. »

 La première source, se trouvant dans une concession appartenant à l’église protestante, concession de kikyo, avec un débit d’environ une minute pour 20 litres, aucun paiement mensuel n’est exigé. Cette source se situe dans une vallée. C’est un parcours de combattant pour les femmes, généralement, qui doivent porter une dizaine des jerricans d’eau par jour au dos alors que le domicile peut se situer à plus d’un km de la source. La deuxième source a un comité de suivi. Une source aménagée il y a six ans par les organismes Consortium pour l’Agriculture Urbaine  (CAUB) et le Centre Pour la Promotion des Soins de Santé Natale (CEPROSSAN) selon le chef de quartier Siviri Isaac.

Par contre Muhindo Mukoha Jacques, chef de la cellule Mukondo dans le quartier Kalemire s’approprie tous les mérites de l’aménagement de cette eau, il y a six ans. Car, pour lui, l’aménagement des humanitaires avait échoué. Ils n’avaient jamais su stabiliser l’eau. En période pluvieuse, il y avait des fuites d’eau dans la fondation détruisant l’infrastructure mis en place. Ce sont ses efforts  à lui et son ingéniosité qui sont parvenu à avoir une source d’eau stable qui ne tarit jamais même en temps de sècheresse ni ne déborde en temps de pluie. Il a bien aménagé le canal de la source naturelle.

Muhindo Mukoha Jacques est le président de comité de suivi de cette eau. Quant au paiement mensuel par ménage, il nie avant de céder en soulignant que chaque ménage ne paie que 100 Fc le mois : « -Il y a un comité de gestion. Il s’occupe de l’hygiène de la source. Le vœu est qu’il n’y ait pas de saleté autour de la source. Il n’y pas de contribution. Il arrive que l’on fasse des contributions ponctuelles. Comme maintenant que l’on veut mettre des dalles, nous contribuons pour le faire.

Journaliste : Pourtant, il y a des gens qui disent payer mensuellement 1000 fc !

-C’est 100 Fc par mois par ménage. Quand ça fait un peu d’argent on va acheter un sac de ciment. 100 Fc par mois. C’est combien par an ? Et plusieurs familles ne payent pas. » 

Pourtant, les jeunes filles rencontrées à la source rassurent que chaque ménage paie 1000 Fc le mois. A quoi sert cet argent : «  Seul le comité le sait. C’est pour des entretiens dit-on, réponds une dame. » Pourtant l’accès à la source reste un problème car elle est dans la vallée. En temps de pluie, la pente devient glissante. Le chef de la cellule souligne que les ménages  ne paient pas régulièrement pour qu’il donne un chiffre exact. Néanmoins, une cellule, c’est plus d’une centaine des ménages. Et cette source ne sert pas qu’une cellule. Et même si 100 ménages payaient 1000 Fc le mois, ça fait 100 000 fc, autour de 50 dollars au taux du jour. L’équivalent de plus de 4 sacs de ciments. A l’image du site, les derniers travaux d’aménagement ne datent pas d’hier. Où va l’argent ? Personne de celles rencontrées à la source ne sait répondre.

Actuellement 8 bornes fontaines ont déjà été érigées dans ce quartier. Elles appartiennent au réseau d’adduction d’eau de Muleke, un projet des ONG Hydraulique Sans Frontières, OXFAM et Swift.

L’eau de Muleke

Plan de vannage de Muleke ©Hervé Mukulu

L’eau de Muleke est un réseau de 19 bornes fontaines dans les quartiers de la commune Bulengera. Selon le chef de quartier  Kimbulu en commune Bulengera, Paluku Vasosene Sébastien, le projet a été élaboré pour lutter contre les maladies hydriques dans la région. C’est ainsi qu’une ONG locale, Hydraulique Sans frontière (Hyfro), a été chargée de réaliser le projet avec  le financement d’Oxfam et Swift.

Ce réseau d’adduction de 65 km, de la source jusqu’au bornes fontaines, a 17 citernes d’une capacité de 50 m3 et 15 extensions. Salvateur pour les habitants mais la gestion est quand même décriée par certains.

Pour le quartier Kalemire, par exemple, il y a deux ans, ce quartier de 40 milles habitants n’avait que deux sources d’eau. Depuis 2 ans, ce quartier a été doté de 8 bornes fontaines appartenant au réseau de Muleke. Un ouf de soulagement pour les habitants de ce quartier. Par contre, le quartier Kimbulu a été dotés des plusieurs bornes fontaines de l’eau de Muleke mais qui sont abandonnées par la population. La population préfère puiser l’eau aux sources d’eau naturelle non aménagées, qui foisonnent dans le quartier, que de payer 1500 fc le mois (0.75 dollars).

« Les sources d’eau naturelles non aménagées restent gratuits et la population n’est du tout pas consciente du danger  des maladies hydriques se plaint le chef Vasosene »

Par contre les 32 532 habitants  du quartier de l’évêché donneraient tout pour avoir de l’eau. Il n’y a qu’une seule source d’eau naturelle dans ce quartier avec un débit de près de 5 min pour 20 litres en temps de sécheresse. La majorité des ménages puissent cette eau pour les travaux ménagers. La deuxième source d’eau, celle de l’eau à boire, appartient à l’église catholique.  Chaque ménage paie 700 Fc le mois, dont 500 Fc sont remis à l’église catholique,  pour avoir accès à 20 litres par jour et pas plus. C’est de l’eau de table, de l’eau à boire. Les ménages doivent se débrouiller autrement pour avoir de l’eau, nous renseigne le fontainier. »

Ce quartier n’a pas encore été atteint par le réseau de l’eau de Muleke. Pourtant, les abonnées de Muleke ont droit à 100 litres par jour pour 50 fc le jour. 

Pour avoir les mêmes droits de 100 litres par jour, à Beni, une ville de 700 milles habitants située à 54 km de Butembo, chaque ménage devrait débourser 15 000 Fc (7.5 US dollars) pour l’eau du réseau d’adduction d’eau de l’ONG Solidarité International. Un réseau d’une centaine des bornes fontaines qui a déjà été remis à l’Etat. Sans ce réseau, Beni serait un désert.

A Butembo, environ 1 millions d’habitant, l’eau de Muleke n’a jusque-là qu’environ 18 milles personnes dont une bonne partie des ménages est insolvable. «  Aujourd’hui, 2 juillet 2020,  environs 500 ménages sont encore insolvables pour le mois de Juin mais continuent à puiser de l’eau à crédit car chaque ménage possède un carnet. Et beaucoup ont des crédits des plusieurs mois, nous infirme Kavugho Florine, caissière du réseau de l’eau de Muleke, rencontrée à son office de travail ».

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« Servir de l’eau gratuitement n’est pas logique. L’eau se paie toujours même si ce n’est pas cher. Et ça devrait être moins cher puisque l’eau n’est pas une denrée rare dans notre pays. La somme que nous faisons payer c’est juste pour assurer les petites réparations comme les robinets. C’est un projet. Il a un début  et une  fin. On ne sera toujours pas là ; souligne un chef de projet dans un organisme international investie dans l’adduction d’eau en ville de Butembo. »

Ebola et dons des humanitaires

Une borne d’extension du reseau de Muleke ©Hervé Mukulu

Il faut souligner que la ville de Butembo est réticente par nature à l’implantation des ONG. La vision commerciale d’une ville dirigée par le patronat des entreprises locales est que l’argent des ONG est un gain facile auquel on ne doit pas habituer la jeunesse. C’est une situation d’urgence humanitaire qui a imposé les ONG en ville de Butembo. Un contexte qui explique pourquoi la population hésite encore à s’abonner à cette eau de Muleke. C’est l’eau d’Ebola pour certains. Puisque ce réseau a été aménagé pendant l’épidémie d’Ebola sévissait dans la région, cette eau est doublement coupable. Pour certain, cette eau contient Ebola et rentrait la population malade d’Ebola. Et pour d’autres, l’eau étant d’Ebola pour dire aménagée par les humanitaires sous la pandémie d’Ebola, elle doit être gratuite renseigne le chef de quartier Kimbulu.  Une autre couche de la population se demande plutôt comment sont gérés les frais perçus. Madame Kavugho Florine, caissière du réseau de l’eau de Muleke souligne que ces frais sont fixés par l’assemblée générale qui a lieu deux fois l’an. Elles servent à payer les services d’entretiens, réparations des vannes, fuites, les fontainiers et les membres du bureau. Récemment, suite à la pression, l’ONG Hydraulique Sans Frontières a remis la gestion de cette eau à la communauté locale qui a élu les gestionnaires en assemblée générale. Néanmoins, cette ONG locale garde un œil sur le projet car le projet est censé être autonome. La garantie de ce projet qui a coûté près de 500 milles dollars est de 20 ans précise Kavugho Florine, caissière du réseau de l’eau de Muleke.

Carte qualité de l’eau avec pourcentage d’E. Coli pour 100ml. ©Ir Sorel Wasukundi

 26,5% de la population est exposée à un risque très élevé[1] . InfoNile ajoute que 44.2 pourcent de la population  est exposée à un faible risque d’une eau non confortable avec un centième de risque d’E.Coli dans 100 ml d’eau, 29.4% pourcent à un risque modéré.

Ce reportage a été réalisé par le journaliste d’investigation environnementale et sanitaire Hervé Mukulu en partenariat avec InfoNile avec le soutien de Code for Africa et un financement du Pulitzer Center et de la National Geographic Society. Informations supplémentaires et édités par Annika McGinnis.

 Mukulu Vulotwa Hervé

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